Étude Curcumine : réduction de l’inflammation et perte de poids (diabète de type 2)
L’essentiel en 30 secondes
- Une étude randomisée de 12 mois, menée en Thaïlande sur 227 adultes obèses atteints de diabète de type 2, a comparé 1500 mg de curcumine par jour à un placebo ;
- Dans le groupe curcumine, la graisse hépatique a diminué (CAP de 227 à 173 dB/m), alors qu’elle a progressé dans le groupe placebo (de 230 à 259 dB/m) ;
- Les marqueurs inflammatoires IL-1β et TNF-α ont baissé sous curcumine et augmenté sous placebo, avec en parallèle une baisse du MDA et une hausse des enzymes antioxydantes ;
- Les marqueurs métaboliques se sont améliorés (lipides sanguins, sensibilité à l’insuline, AGNE), avec un IMC plus faible et un tour de taille réduit par rapport au placebo ;
- Attention au dosage : 1500 mg par jour, c’est plus de 10 fois la dose maximale autorisée en France, et l’étude porte sur des personnes malades. Ce n’est pas un dosage que je conseille.
Une étude randomisée de 12 mois, réalisée en Thaïlande et publiée dans l’International Journal of Molecular Sciences, a analysé les effets d’une supplémentation en curcumine chez des adultes obèses atteints de diabète de type 2.
L’objectif : déterminer si ce composé naturel pouvait réduire l’accumulation de graisse dans le foie (stéatose hépatique), l’inflammation et plusieurs marqueurs métaboliques associés à la MASLD :
- La MASLD signifie Metabolic dysfunction-Associated Steatotic Liver Disease, en français : maladie hépatique stéatosique associée à un dysfonctionnement métabolique ;
- C’est le nouveau nom officiel de ce qui s’appelait autrefois la NAFLD (Non-Alcoholic Fatty Liver Disease), c’est-à-dire la stéatose hépatique non alcoolique.
Au total, 227 participants ont été inclus, tous considérés à haut risque de développer une stéatose hépatique associée au dysfonctionnement métabolique. Les chercheurs ont évalué les effets de la curcumine à travers des analyses hépatiques, métaboliques, oxydatives et anthropométriques, menées à différents intervalles jusqu’à 12 mois.
Curcumine : un composé naturel aux puissantes propriétés bioactives
Pour rappel, le curcuma (Curcuma Longa) est une épice issue d’un rhizome utilisé traditionnellement en Asie pour ses vertus médicinales, mais aussi, bien sûr en cuisine. Son pigment jaune, la curcumine, constitue son principal composé actif. Ce polyphénol est reconnu pour ses propriétés :
- Antioxydantes ;
- Anti-inflammatoires ;
- Métaboliques.
Bien que présent naturellement dans le curcuma alimentaire, la curcumine est principalement étudiée sous forme de complément, car ils permettent d’atteindre des concentrations efficaces qui sont difficiles à obtenir via l’alimentation seule.
Grâce aux (bons) compléments, elle est aussi bien mieux assimilée par le corps que la curcumine alimentaire.
Méthodologie de l’étude : supplémentation quotidienne de 1500 mg
Pour cette étude, les participants ont été répartis au hasard en deux groupes :
- Groupe curcumine : 1500 mg par jour ;
- Groupe placebo : capsule identique, mais sans principes actifs.
La présence d’un groupe placebo est importante pour valider la fiabilité des données dans une étude scientifique :
- Le groupe placebo reçoit une capsule sans principes actifs, mais identique visuellement et au même rythme que le groupe curcumine ;
- Ainsi, si le groupe curcumine s’améliore et que le groupe placebo ne change pas (ou s’aggrave), on peut attribuer ces améliorations avec certitude à la curcumine et non à l’effet placebo.
L’objectif principal était d’évaluer la réduction de la stéatose hépatique, mesurée via le paramètre d’atténuation contrôlée (CAP) au départ, puis à 3, 6, 9 et 12 mois.
Les critères secondaires incluaient :
- Les marqueurs inflammatoires (IL-1β, TNF-α) ;
- Les marqueurs de stress oxydatif (MDA et enzymes antioxydantes) ;
- Le profil lipidique ;
- Le contrôle glycémique ;
- La résistance à l’insuline ;
- Des mesures anthropométriques (IMC, tour de taille).
Des effets marqués sur la stéatose hépatique
Après 12 mois, la différence entre les deux groupes était nette :
- Groupe curcumine : CAP réduit de 227 dB/m à 173 dB/m : donc une diminution significative de la graisse hépatique ;
- Groupe placebo : CAP augmenté de 230 dB/m à 259 dB/m : donc une progression de la stéatose, ce qui montre que les troubles ont continué à se développer avec le placébo.
Ces résultats indiquent une amélioration réaliste et cliniquement significative de l’état hépatique sous curcumine.
Baisse des marqueurs inflammatoires
L’étude a documenté une réduction notable de deux cytokines clés dans l’inflammation hépatique et métabolique :
Marqueurs inflammatoires IL-1β :
On note une nette amélioration au bout d’un an :
- Curcumine : de 0,4 à 0,31 pg/mL
- Placebo : de 0,41 à 0,93 pg/mL
Marqueurs inflammatoires TNF-α
Là aussi, un gain très sensible par rapport à la situation initiale, mais là encore une situation qui se dégrade avec le placébo :
- Curcumine : de 4,40 à 3,29 pg/mL
- Placebo : de 5,28 à 6,99 pg/mL
Avec l’évolution de ces deux marqueurs, on voit bien là aussi que la curcumine inverse les processus inflammatoires, tandis que le placebo laisse la situation s’aggraver.
Diminution du stress oxydatif et amélioration des enzymes protectrices
Le stress oxydatif jouant un rôle majeur dans la progression de la MASLD, les chercheurs ont mesuré :
- Le malondialdéhyde (MDA) : biomarqueur de dommages oxydatifs ;
- L’activité de plusieurs enzymes antioxydantes.
Et là aussi les résultats sont très positifs :
- Baisse significative du MDA dans le groupe curcumine ;
- Augmentation de l’activité :
- De la glutathion peroxydase ;
- De la superoxyde dismutase ;
- Et de la capacité antioxydante totale.
Ces améliorations indiquent une meilleure protection cellulaire contre l’oxydation et une réduction des dommages au foie.
Améliorations importantes des marqueurs métaboliques
De plus, en comparaison du placebo, la curcumine a entraîné :
- Une diminution des lipides sanguins ;
- Un meilleur contrôle du diabète, avec notamment une augmentation de la sensibilité à l’insuline et une réduction de la résistance à l'insuline ;
- Et une réduction des acides gras non estérifiés (AGNE).
Ces lipides toxiques sont impliqués dans la progression de la MASLD. Leur baisse suggère là encore un effet protecteur direct sur le foie.
Effets de la curcumine sur la perte de poids et l’IMC
En dehors des marqueurs de santé, des effets positifs sur le physique des sujets ont eux aussi été mesurés :
Les mesures anthropométriques ont montré que, comparé au groupe placebo, le groupe curcumine présentait un IMC plus faible et une réduction significative du tour de taille.
Et ces améliorations sont constantes au cours des 3, 6, 9 et 12 mois de l’étude.
Cela indique que la curcumine peut contribuer à une amélioration globale du profil métabolique et corporel, en bref : une perte de poids ! C’est une action intéressante et ça fait le lien avec la méta-analyse dont nous avions parlé dans l’article « Curcumine et perte de poids » en 2023 qui tendait déjà à mettre en avant cet effet.
Conclusion : une aide prometteuse pour la MASLD
Les chercheurs concluent que la supplémentation en curcumine :
- Est bien tolérée (avec simplement quelques troubles digestifs chez certains patients, ce qui est assez logique au vu de la dose massive) ;
- Montre des résultats cohérents et significatifs sur la stéatose hépatique ;
- Améliore plusieurs marqueurs métaboliques ;
- Pourrait devenir une aide complémentaire chez les personnes obèses atteintes de diabète de type 2.
Ils soulignent toutefois la nécessité d'études complémentaires à plus grande échelle, avec des posologies variées et un suivi prolongé.
Quelques bémols et mises en garde
Ici, l’étude est réalisée avec un dosage massif : 1500 mg / jr, ce qui est plus de 10 fois la dose maximale autorisée en France en curcumine. Et même si certains pourraient penser que la dose française est trop faible, là on est quand même sur une dose vraiment massive, que je ne te conseille pas.
Le 2° point d’alerte vient du fait que ce test est réalisé sur des personnes ayant des troubles de santé, et donc là c’est le ratio bénéfice / risque qui joue :
- Si le bénéfice est plus grand que le risque, ce qui est le cas avec le type de trouble dont on parle ici, alors le dosage et le produit sont OK ;
- C’est le même principe que pour les médicaments.
Questions fréquentes sur cette étude et la curcumine
Quelle dose de curcumine a été utilisée dans cette étude ?
1500 mg de curcumine par jour pendant 12 mois, contre un placebo identique visuellement mais sans principes actifs. L’essai a inclus 227 adultes obèses atteints de diabète de type 2, avec des mesures au départ puis à 3, 6, 9 et 12 mois.
Peut-on prendre 1500 mg de curcumine par jour en France ?
Non. C’est plus de 10 fois la dose maximale autorisée en France en curcumine, et ce n’est pas un dosage que je conseille. L’étude porte sur des personnes ayant des troubles de santé, où c’est le ratio bénéfice / risque qui joue, comme pour les médicaments.
Qu’est-ce que la MASLD ?
MASLD signifie Metabolic dysfunction-Associated Steatotic Liver Disease, en français maladie hépatique stéatosique associée à un dysfonctionnement métabolique. C’est le nouveau nom officiel de ce qui s’appelait autrefois la NAFLD, c’est-à-dire la stéatose hépatique non alcoolique.
La curcumine fait-elle perdre du poids ?
Dans cette étude, le groupe curcumine présentait un IMC plus faible et une réduction significative du tour de taille par rapport au placebo, de façon constante sur les 3, 6, 9 et 12 mois. Ça rejoint la méta-analyse évoquée dans l’article Curcumine et perte de poids publié en 2023.
Qu’a mesuré l’étude côté stress oxydatif ?
Deux choses : le malondialdéhyde (MDA), un biomarqueur de dommages oxydatifs, et l’activité de plusieurs enzymes antioxydantes. Le MDA baisse significativement dans le groupe curcumine, tandis que la glutathion peroxydase, la superoxyde dismutase et la capacité antioxydante totale augmentent. Le sujet du vieillissement par le sucre et des AGE fera l’objet d’un article dédié.
Le curcuma de l’alimentation suffit-il ?
Le curcuma alimentaire en contient naturellement, mais la curcumine est principalement étudiée sous forme de complément, parce que les concentrations efficaces sont difficiles à obtenir via l’alimentation seule. Le curcuma fait partie des compléments passés en revue dans notre guide complet sur les compléments pour bien vieillir, aux côtés d’un sujet voisin, ce que l’âge change à la peau et aux articulations.